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L’AVENIR DE L’ART SE JOUE DANS LES TERRITOIRES, PAS DANS LES INDICATEURS

  • 4 nov. 2025
  • 2 min de lecture

Depuis quelques jours, le ministère de la Culture affiche ses ambitions avec un « Plan pour le renforcement de la scène française de l’art contemporain ». Sur le papier, l’objectif paraît louable : mieux soutenir nos artistes, renforcer la cohérence du réseau, faire rayonner la création française. Mais à y regarder de plus près, ce texte traduit surtout une conception technocratique et marchande de la culture, qui risque de renforcer les inégalités plutôt que de les réduire.


Car derrière les mots « coopération » et « visibilité », on devine un autre projet : celui d’un art au service du rayonnement international et du marché. On parle d’export, de performance, d’indicateurs, de dispositifs fiscaux… mais très peu d’accès à la culture, de médiation, ou de soutien à la création locale. Cette approche traduit une vision où l’artiste devient un ambassadeur économique et non plus un acteur social, et où la politique culturelle se résume à une stratégie d’image.


Ce plan concentre les moyens sur trois institutions nationales – le Centre Pompidou, le Palais de Tokyo et le CNAP – tout en assignant aux territoires un rôle secondaire. Pourtant, la vitalité de la scène française repose d’abord sur nos FRAC, nos écoles d’art, nos associations, nos médiathèques, nos friches et nos collectivités. C’est dans les villes et villages que s’inventent les formes les plus libres, les plus inclusives, les plus innovantes. Les écarter du centre des décisions, c’est appauvrir la diversité qui fait la richesse de notre création.


La coopération public-privé a son utilité, mais lorsqu’elle devient l’axe central d’une politique culturelle, elle change sa nature. On bascule d’une logique d’émancipation à une logique de rentabilité. On remplace la mission d’intérêt général par le mécénat, la création libre par la valorisation fiscale. Or, la culture n’est pas un marché : c’est un lien, une respiration, une manière d’habiter le monde ensemble. Ce n’est pas un produit d’appel pour le prestige national, mais un droit pour chaque citoyen.


Renforcer la scène française, oui. Mais cela doit passer par la base : plus de résidences dans les territoires, plus de moyens pour les acteurs de terrain, un accompagnement réel des jeunes artistes, un soutien à la médiation et à l’éducation artistique. La reconnaissance internationale viendra d’elle-même si la France reste fidèle à ce qui a toujours fait sa force : une culture vivante, partagée, ouverte et démocratique.


Ce que ce plan oublie, c’est que l’art n’a de sens que s’il reste à hauteur d’humanité. La création n’est pas un instrument d’influence, c’est un acte d’émancipation. Une politique culturelle digne de ce nom ne se mesure pas en indicateurs de rayonnement, mais en moments de rencontre, de compréhension et d’éveil. C’est à cette condition que la scène française sera réellement forte : quand elle parlera à toutes et à tous, depuis chaque territoire, dans la liberté et la confiance.


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